Tenrikyo Europe Centre
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Masato FUJIWARA (Chef du Tenrikyo Lyon)
Vous savez très bien que notre innen premier est de réaliser une Vie de Joie. Si vous aspirez à une bonne santé, à un rétablissement rapide, à un soulagement total, à une guérison, voire au Salut, c'est parce que vous êtes programmés ainsi. C'est la nature même des êtres humains. Il y a parfois des personnes exceptionnellement altruistes qui n'hésitent pas à sacrifier leur vie pour les autres. Mais généralement, nous aspirons tous à une vie joyeuse pour nous-mêmes. Autrement dit, nous sommes tous, d'une certaine manière, égoïstes.
Oyagami créa les êtres humains afin qu'ils puissent mener une Vie de Joie. Rechercher une vie paisible pour soi n'a donc rien de honteux, car nous sommes ainsi programmés inconsciemment, jusque dans nos gènes. L'égoïsme est donc une disposition qui ne nous quitte jamais.
Comme il est dit dans le 5e hymne, nous sommes tous avides :
Quatre. Il n'est pas d'hommes sans avidité.
Mais face à Dieu, elle disparaît.
Cette prise de conscience est importante. En prenant conscience de notre égoïsme, nous sommes invités à aider les autres. Comme il nous est enseigné dans l'Ofudesaki III, 47 :
Du plus profond du cœur, réfléchissez pour comprendre :
celui qui sauve autrui est sauvé lui-même.
Oyasama nous enseigne que nous, les êtres humains, naturellement enclins à penser à nous-mêmes, devons porter attention aux autres pour obtenir le Salut que nous souhaitons. Nous avons tendance à opposer l'altruisme et l'égoïsme. Pourtant, ces deux attitudes sont compatibles et elles peuvent se compléter dans Tenrikyo.
Au fait, les Enseignements de Tenrikyo ne reposent pas sur une logique linéaire. Autrement dit, le bien ne se trouve pas de l'autre côté du mal, le sacré n'est pas l'antonyme du profane, la pureté n'est pas incompatible avec l'impureté, l'altruisme et l'égoïsme se rejoignent. Quant à la vie et la mort, elles ne font qu'un comme le dit aussi le bouddhisme.
Il suffit d'observer notre corps humain pour s'en rendre compte. Les dix fonctions protectrices d'Oyagami, qui sont de nature sacrée, agissent dans notre corps, pourtant tout à fait ordinaire. Ainsi, un même corps, qui est à la fois animé par les œuvres divines et marqué par sa nature humaine, peut servir aussi bien à accomplir une bonne action qu'à commettre une mauvaise action. Le bien et le mal ensemble cohabitent en chacun de nous.
Dans les Enseignements de Tenrikyo, rien n'est donc linéaire : tout est relationnel, interdépendant, entrelacé et intimement lié. Il n'y a pas d'absolu ; tout est relatif. Si vous pensez que le bien se trouve simplement à l'opposé du mal, vous risquez de passer à côté de l'essentiel des Enseignements de Tenrikyo.
Quand vous lirez l'anecdote 147, « Le véritable salut » des Anecdotes sur la Vie d'Oyasama, vous comprendrez qu'un mal ne se situe pas nécessairement à l'opposé d'un bien.
Dans cet épisode, une personne, atteinte d'une maladie qui affectait ses membres, fut guérie grâce à Oyasama, mais un léger tremblement des mains subsistait. Oyasama lui expliqua alors qu'il valait mieux conserver cette légère gêne plutôt que d'obtenir une guérison parfaite, afin de bien prendre conscience de l'innen de ses vies antérieures. Tout le monde souhaite être complètement guéri ou sauvé, mais ce qui importe véritablement, c'est d'obtenir un véritable Salut, qui ne soit pas seulement d'ordre matériel.
Dans cette même logique de Tenrikyo, être altruiste tout en restant égoïste est quelque chose de tout à fait naturel. Peut-être, idéalement, vous ne devez pas être égoïste afin d'aider les autres. Cependant, Tenrikyo enseigne que, si vous voulez être sauvé, il ne faut pas penser uniquement à vous-même. Le Salut auquel vous aspirez passe par une attention portée aux autres. Votre propre Salut ne se réalise qu'en aidant les autres.
L'idéal suprême serait de parvenir à ne penser qu'aux autres, tout en étant sauvé sans même en avoir conscience. En réalité, « je veux être sauvé » et « je veux sauver les autres » doivent être la même chose : ces deux aspirations ne doivent pas s'opposer, mais s'unir.
En un mot, selon les Enseignements de Tenrikyo, « sauver » ou « aider » signifie aussi « être sauvé » ou « être aidé », comme vous pouvez le voir dans l'Okakisage : « En sauvant, il se sauve lui-même. »
Pour être sauvé, en d'autres termes, pour aider les autres, Oyasama nous a enseigné deux moyens : le Service et le Sazuké. Il existe certainement bien d'autres façons d'aider autrui : une aide financière, un accompagnement personnalisé ou un soutien psychologique, etc. Cependant, toutes ces formes d'aide relèvent du domaine matériel. Dans Tenrikyo, seuls le Service et le Sazuké constituent des moyens d'aide purement spirituels.
Je ne parlerai pas aujourd'hui du Service. Je vous dis juste que le Service est un peu comme une douche : si vous ne le prenez pas pendant un certain temps, ça devient un peu sale. C'est par le Service que le cœur se nettoie. Pratiquez bien le Service comme si vous prenez une douche !
Aujourd'hui, en revanche, je voudrais me concentrer sur le Sazuké.
Comme je vous l'ai dit, le Sazuké est un moyen purement spirituel. Pourtant, sa pratique est très concrète, très physique. On touche la partie atteinte du corps en priant pour la guérison de la personne. Or, la guérison est, en apparence, quelque chose de très matériel. Soulager la douleur ou guérir une maladie appartient au domaine matériel. C'est précisément pour cette raison que nous risquons de nous tromper sur le véritable sens du Sazuké.
Il m'est arrivé plus d'une fois d'entendre dire : « Le Sazuké n'est pas efficace, puisqu'il ne guérit pas. » Pourtant, le Sazuké est bien administré en priant pour la guérison de la maladie. Cela est vrai. Mais, une fois le Sazuké administré, la question n'est plus de savoir si la guérison sera obtenue ou non. Si elle est guérie, est-ce une réussite ? Dans le cas contraire, est-ce un échec ? Nous ne pensons pas du tout comme ça. Il n'y a ni réussite ni échec dans le Sazuké.
En revanche, ses effets peuvent prendre des formes très diverses. Ils ne se limitent pas à la guérison. Celle-ci n'est qu'un des fruits du Sazuké, sans doute le plus spectaculaire. On entend parfois des récits tels que : « Une personne qui boitait s'est remise à marcher normalement après avoir reçu le Sazuké » ou encore : « Une personne malvoyante a retrouvé une vue claire immédiatement après le Sazuké. » Ce sont des témoignages qui font rêver. Lorsque nous administrons le Sazuké, nous aimerions tous voir de tels résultats. Malheureusement, ces cas restent rares.
Dans la grande majorité des situations, il y a peu de guérisons immédiates. Si, sur dix personnes, une seule obtenait la guérison grâce au Sazuké, c'est déjà extraordinaire. Mais je ne pense pas qu'Oyasama attendait de nous que nous évaluions le Sazuké de cette manière. Son sens ne peut pas se réduire à la guérison. Il doit y avoir une signification plus profonde. C'est pourquoi il ne faut pas se focaliser uniquement sur un résultat visible et immédiat.
Par la pratique du Sazuké, il se produit aussi une expérience concrète et physique. Il y a le contact des mains, la douceur du geste, le sentiment d'un partage, le fait d'être ensemble et l'attention portée à l'autre. Tout cela est profondément positif sur l'esprit et sur le corps. Ces gestes et ces attitudes transmettent, consciemment ou inconsciemment, une énergie à votre corps malade. Cette énergie l'aide à retrouver la force vitale qu'il porte déjà en lui et qu'il ne perd jamais complètement. Dans la pratique du Sazuké, l'essentiel est de croire que cette action concrète et physique donne une influence positive au corps qui la reçoit.
Votre corps, lui aussi, aspire à être sauvé, tout comme votre âme et votre cœur. Il est à la fois autonome et dépendant de vous. Votre âme, votre cœur et votre corps, ils aspirent tous à une Vie de Joie. En ce sens, votre corps est lui aussi « égoïste ».
En revanche, contrairement à votre âme, il vous soutient sans cesse à travers les dix fonctions protectrices. Pour les aides corporelles qu'il accomplit continuellement en votre faveur, il mérite lui aussi d'être sauvé.
Pourtant, vous dites parfois : « Mon corps me fait souffrir ; il a toujours quelque chose qui ne va pas. » Vous ne regardez que son aspect matériellement négatif. Au lieu de lui donner la joie, vous l'attristez. Or, le simple contact des mains d'une personne en qui vous avez confiance, ou même l'attention bienveillante portée vers votre état de santé par cette personne, est déjà quelque chose qui fait du bien à votre corps. Au moment de recevoir le Sazuké, il ne faut pas avoir une pensée négative qui empêche votre corps de retrouver joyeusement sa force vitale.
En réalité, notre existence est toujours un mélange d'aspects négatifs et positifs. Il en va de même pour le Sazuké. Il est sûrement difficile de trouver la maladie ou la douleur positive. Mais, même lorsqu'il n'aboutit pas à une guérison ou à un soulagement de la douleur, il y a toujours une dimension positive. Si vous ne jugez le Sazuké qu'à travers son résultat immédiatement perceptible, alors qu'il a avant tout une vocation spirituelle, vous passez à côté des bienfaits qu'il apporte.
Maintenant, revenons à ce que je disais tout à l'heure. Les enseignements de Tenrikyô ne reposent pas sur une logique linéaire. La douleur physique et la tranquillité spirituelle ne sont pas contradictoires. Même dans la douleur, vous pouvez éprouver de la joie à travers l'attention et la sollicitude de quelqu'un qui pense à vous. Vous pouvez prendre conscience des protections divines à travers la douleur et ainsi, vous êtes amenés à vous sentir submergés d'assurance par ces œuvres grandioses.
Le Sazuké est précisément un moment privilégié pour vivre cette sensation. Même si la douleur persiste après avoir reçu le Sazuké, vous devez croire fermement que votre corps retrouve non seulement sa faculté d'auto-guérison mais aussi sa capacité à se revitaliser.
À la différence du Service, que l'on peut accomplir seul, le Sazuké est une pratique qui s'effectue à deux. Même si vous n'avez pas encore reçu le don du Sazuké, vous pouvez demander à quelqu'un de vous l'administrer.
Les pensées que l'on s'adresse mutuellement à travers le Sazuké constituent la force spirituelle que nous devons apprendre à ressentir. La personne qui administre le Sazuké est, elle aussi, sauvée en portant son cœur vers autrui. La pratique du Sazuké exprime pleinement cette dimension d'entraide. Ne pensez pas que celui qui administre le Sazuké ne reçoit rien en retour et qu'il l'administre pour l'administrer. L'administrateur du Sazuké est aussi sauvé en apportant une pensée à l'autre. Les deux personnes bénéficient inévitablement de la grâce d'Oyagami par cette action mutuelle de « sauver » et d'« être sauvé ».
Il est important de ne pas considérer le Sazuké comme un simple moyen de soulager la douleur, mais d'avoir conscience qu'il est une pratique qui nous rapproche d'un Salut réciproque. Il faut fournir des efforts pour être capable d'en ressentir concrètement dans le corps les bienfaits qui touchent à votre âme.
Je vous remercie de votre attention.